Portrait Hommage
Médecine et émancipation : regards croisés
En Algérie, terre du million et demi de martyrs, la médecine n’a pas toujours été un simple acte de soin. Dès 1830, avec l’invasion d’Alger, elle devient un instrument de domination, de contrôle et de propagande au service du système colonial.
Au XIXᵉ siècle, elle accompagne la pénétration coloniale. Au XXᵉ siècle, elle révèle une autre réalité : celle d’une population locale marginalisée, malgré l’émergence progressive des premiers étudiants musulmans en médecine.
Pourtant, dans cet environnement contraint, deux femmes algériennes — deux Horaths — s’imposent et changent le cours de l’histoire. Par leur détermination et leur engagement, elles ouvrent la voie à une avancée majeure : l’émancipation de la femme algérienne à travers le savoir, la médecine et la conscience.
Encadrée par des lois restrictives dès 1851, la pratique médicale limite fortement l’accès des Algériens, tolérant les soignants « indigènes » dans des cadres restreints. La création de l’école de médecine d’Alger en 1857 marque une étape, mais longtemps réservée à une élite européenne.
Dans ce contexte profondément inégalitaire, les premières femmes diplômées sont toutes d’origine européenne, soulignant l’exclusion des Algériennes des sphères du savoir.
Et pourtant… c’est dans cette faille de l’histoire que naît la rupture.
La médecine, autrefois outil de pouvoir, devient peu à peu un espace de conquête, de résistance et d’émancipation, porté par des femmes qui ont transformé le savoir en acte de liberté.
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Elle est la première femme Médecin Issue d'une famille de la bourgeoisie algéroise, son père était Muphti d'Alger et son oncle un industriel bien connu (Hamoud Boualem).
Hora magazine lui rend un vibrant hommage
Nafissa Hamoud-Lalliam
Une vie au service de la nation et des femmes

Figure majeure de l’histoire algérienne, Nafissa Hamoud-Lalliam incarne à la fois l’engagement, le courage et l’excellence. Née à Alger le 17 mars 1924, au sein d’une famille de la bourgeoisie algéroise — son père étant mufti d’Alger et son oncle l’industriel Hamoud Boualem — elle grandit dans un environnement où savoir et responsabilité se conjuguent.
Très tôt, elle s’impose comme une pionnière. En 1944, elle intègre la faculté de médecine d’Alger, rejoignant les premiers cercles d’étudiantes engagées, notamment au sein de l’Association des Étudiants Musulmans d’Afrique du Nord. Son engagement prend une dimension décisive lors des événements du 1er mai 1945, marquant le début d’un combat sans compromis contre le colonialisme et pour l’émancipation des femmes.
En 1947, elle cofonde l’Association des Femmes Musulmanes Algériennes, affirmant une vision avant-gardiste du rôle féminin dans la société. Militante active, elle agit dans l’ombre comme dans la lumière, participant à l’éveil des consciences à travers des rassemblements et des actions de terrain.
Malgré un engagement intense, elle poursuit brillamment ses études et devient l’une des premières femmes médecins algériennes durant la période coloniale. Son cabinet, ouvert en 1953 à Alger, devient également un lieu stratégique de la lutte, accueillant des figures majeures du mouvement indépendantiste.
Recherchée par les autorités coloniales, elle rejoint les maquis de Kabylie où elle est nommée médecin-chef. Arrêtée en 1957, elle connaît l’épreuve de l’emprisonnement avant d’être transférée en France, puis libérée grâce à un échange orchestré par la Croix-Rouge internationale. Elle poursuivra ensuite son parcours en Suisse, sans jamais renoncer à son engagement.
À l’indépendance, elle revient en Algérie et se consacre à la médecine hospitalo-universitaire, devenant une référence en gynécologie-obstétrique. Elle contribue à la création du premier Centre national de régulation des naissances à l’hôpital Mustapha, tout en présidant l’Union Nationale des Femmes Algériennes. Professeure agrégée, chef de service, puis ministre de la Santé en 1991, elle marque durablement les institutions par sa vision et son exigence.
Décédée le 10 décembre 2002, elle repose au cimetière d’El Alia, dans le carré des martyrs. Son nom est aujourd’hui donné au CHU de Hussein Dey, comme une empreinte indélébile laissée à la fois dans la médecine et dans l’histoire nationale.
✨ À travers ce portrait, LAYALI HORA célèbre une femme d’exception, dont la vie demeure un héritage de courage, de savoir et de transmission.

Djamila Debèche,
Pionnière de la presse algérienne
Djamila Debèche est considérée comme la première journaliste et écrivaine de l’Algérie colonisée, ainsi qu’une figure précoce du féminisme algérien.
Née dans les années 1910–1920 à Bordj-Oukhriss (actuelle wilaya de Bouira), son parcours reste marqué par des incertitudes sur sa date de naissance, révélatrices des réalités sociales de l’époque.
Orpheline très jeune, elle grandit entre l’Algérie et Monte-Carlo, où elle accède à une éducation moderne. Très tôt, elle se distingue par son esprit libre et son ambition, choisissant le journalisme dès l’adolescence. Elle débute dans la presse française, notamment sportive, et devient l’une des premières Algériennes à s’imposer dans ce milieu, couvrant même le Tour de France.
Engagée, elle élargit rapidement ses écrits aux questions politiques et sociales, collaborant avec des journaux comme L’Écho de la Presse Musulmane. Elle y défend ses idées avec audace, affirmant sa fierté d’être arabe et son désir de participer à la vie politique.
Installée ensuite à Alger, elle s’impose comme une voix intellectuelle importante, proche des courants réformistes portés notamment par Ferhat Abbas.
Longtemps méconnue dans son propre pays, Djamila Debèche demeure aujourd’hui une figure essentielle : une femme en avance sur son temps, qui a ouvert la voie à l’émancipation des Algériennes par la plume et la pensée.
Figure pionnière et voix audacieuse de son époque, Djamila Debèche incarne la force, l’intelligence et l’engagement de la femme algérienne. À travers son parcours de journaliste, écrivaine et militante, elle a ouvert des chemins, brisé des silences et porté haut les aspirations d’une génération en quête de reconnaissance et de liberté.
HORA s’incline avec respect devant cette femme d’exception, dont l’héritage continue d’inspirer les plumes d’aujourd’hui et les consciences de demain.
Hora invite l’Auteure, compositrice, interprète et guitariste
Nawel Mebarek
Portrait Artiste Algérienne

Auteure, compositrice, interprète et guitariste, Nawel Mebarek s’impose comme une voix singulière de la scène musicale algérienne contemporaine. Portée par sa devise — « La musique apaise les âmes » — elle construit, au fil des années, un univers artistique à la fois profond et authentique.
Entre sonorités orientales et influences world music aux racines algériennes, Nawel Mebarek façonne une identité musicale riche, marquée par des titres à succès tels que Lemrassem et El Ferdja. Son art se distingue par une sensibilité sincère et une recherche constante d’émotion et de connexion avec son public.
À l’occasion de la rubrique spéciale Ramadan « Layali HORA », l’artiste dévoile son single Saha Ramdankoum w Saha Ftourkoum, une œuvre empreinte de spiritualité, de douceur et de lumière, inspirée par l’atmosphère apaisante du mois sacré.
Honorée de cette invitation, Nawel Mebarek adresse ses remerciements à HORA pour sa confiance et salue une initiative qui célèbre, avec élégance, la culture, le partage et la beauté du Ramadan.
Écoutez son single Saha Ramdankoum w Saha Ftourkoum,
HORA magazine / LAYALI HORA / Février 2026

