GemGenève 2026: la nouvelle liberté du bijou contemporain
GemGenève n’est pas seulement un salon professionnel dédié aux pierres précieuses, aux bijoux anciens et à la haute joaillerie. C’est aussi un observatoire privilégié de ce que devient le bijou aujourd’hui : un objet plus intime, plus libre, plus personnel, qui ne se définit plus uniquement par sa valeur matérielle, mais par l’émotion, l’identité et le récit qu’il porte.
Pour sa dixième édition, organisée du 7 au 10 mai 2026 à Palexpo, GemGenève – fondé paar Thomas Faerber et Ronny Totah, et coorganisé par Ida Faerber et Nadège Totah – a réuni plus de 240 acteurs du monde joaillier, confirmant son rôle de plateforme internationale où se croisent marchands de pierres, joailliers, collectionneurs, designers contemporains, institutions culturelles et métiers d’art. Dans un secteur où les grandes maisons occupent souvent le devant de la scène, le salon a su préserver une identité singulière : celle d’un lieu de découverte, de dialogue et de transmission.

L’exposition temporaire « Façonner la matière, sublimer la beauté », conçue par Mathieu Dekeukelaire, Directeur du salon, donnait le ton de cette édition. Elle rappelait que la joaillerie naît d’abord d’une rencontre entre une matière et une main. Jade, onyx, agate, corail, ambre, ivoire, corne : autant de matériaux qui exigent patience, précision et sensibilité. En mettant à l’honneur les savoir-faire, les objets sculptés, les jades impériaux, les camées ou les nécessaires Art déco, l’exposition soulignait que le bijou appartient aussi à l’histoire des gestes et des civilisations.

L’exposition temporaire « Façonner la matière, sublimer la beauté », conçue par Mathieu Dekeukelaire, Directeur du salon, donnait le ton de cette édition. Elle rappelait que la joaillerie naît d’abord d’une rencontre entre une matière et une main. Jade, onyx, agate, corail, ambre, ivoire, corne : autant de matériaux qui exigent patience, précision et sensibilité. En mettant à l’honneur les savoir-faire, les objets sculptés, les jades impériaux, les camées ou les nécessaires Art déco, l’exposition soulignait que le bijou appartient aussi à l’histoire des gestes et des civilisations.
Alfredo Ravasco, coupe en malachite présentée à la Biennale de Venise en 1930, paon en argent émaillé, perles et bois, avec son présentoir d’origine, Courtesy of Nicolas Torroni © Nicolas Torroni
Mais c’est sans doute au Village des Designers que l’énergie contemporaine de GemGenève se lisait avec le plus d’évidence. Cet espace réunit des créateurs aux univers très différents : ludiques, sculpturaux, spirituels, patrimoniaux ou expérimentaux. Au-delà de cette diversité, une cohérence apparaît : celle d’une joaillerie qui ne cherche plus seulement à séduire par le statut, mais à toucher par la sincérité.

Pour Nadège Totah, co-organisatrice de GemGenève, cette cohérence repose précisément sur la liberté donnée aux créateurs. « Le Village des Designers est un espace où nous donnons une liberté totale aux créateurs. Au-delà de la diversité des styles et des expressions, la ligne directrice de ma sélection est avant tout la sincérité de la démarche de chaque designer. Ils ne cherchent pas à plaire mais plutôt à exprimer quelque chose de profondément personnel. » Cette phrase résume l’esprit du Village. Chaque créateur y arrive avec son propre langage, son rapport à la matière, au corps, à la mémoire ou à la couleur. Certains travaillent la fantaisie, d’autres la sculpture, d’autres encore les symboles culturels ou les matières inattendues. Mais tous semblent défendre une même idée : un bijou fort n’est pas nécessairement celui qui suit les codes, mais celui qui affirme une vision.

Nadège Totah poursuit : « Qu’il soit ludique, spirituel ou innovant, chaque bijou porte une vision personnelle forte et un véritable langage créatif. Ensemble, ces univers forment un écosystème vivant où l’individualité devient le fil conducteur et où le savoir-faire, l’émotion et la liberté artistique relient naturellement ces voix si singulières. »
Cette évolution correspond à une transformation profonde du rapport au bijou, notamment chez les femmes.
« Ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que l’on achète de moins en moins un bijou pour impressionner les autres et de plus en plus pour se faire plaisir à soi-même », explique Nadège Totah. « Les créateurs du Village des Designers proposent des pièces qui suscitent une émotion immédiate, qui créent une connexion presque instinctive avec celle qui les porte. Ce ne sont pas des bijoux que l’on choisit parce qu’ils correspondent à un code, mais parce qu’ils nous parlent, nous touchent ou nous ressemblent. C’est cette dimension profondément personnelle qui, il me semble, caractérise la création contemporaine. »
Cette idée se vérifie dans plusieurs créations présentées cette année. Mike Joseph, designer arménien basé à Bangkok, a dévoilé la collection « Dune », une combinaison singulière d’or 18 carats, de diamants blancs et de bois. Cette rencontre entre matière précieuse et matière organique donne à ses pièces une chaleur particulière. Sa collection « Petali », plus colorée et portable, révèle une joaillerie lumineuse, souple, pensée pour accompagner le corps sans perdre son caractère.

A.win Siu, désormais présente pour la quatrième fois à GemGenève, confirme un style immédiatement reconnaissable : joyeux, coloré, narratif. Sa broche « Magical Gacha Machine » en est l’un des exemples les plus séduisants. Inspirée de ces machines de l’enfance qui distribuent surprises et friandises, elle transpose un souvenir ludique dans un vocabulaire de haute joaillerie. Émeraudes colombiennes, rubis, spinelles, tourmalines Paraiba, saphirs et diamants composent un objet précieux, mais aussi profondément émotionnel. Chez A.win Siu, la couleur n’est jamais seulement décorative : elle devient mémoire, fantaisie et plaisir.

L’une des découvertes les plus intéressantes de cette édition fut Hemera Paris, fondée par Florian Pitout. Le nom de la maison vient du grec et signifie « Jour » : il évoque ce moment où la lumière se dévoile doucement au monde. Cette idée correspond bien à l’esprit de la marque, qui revendique un dialogue entre haute joaillerie et métiers d’art.
Florian Pitout a notamment présenté « Aube », une pièce unique inspirée du crocodile du Nil, réalisée en or 18 carats et diamants naturels. L’œuvre impressionne par son ambition et par sa capacité à dépasser le simple registre ornemental. Autre pièce marquante : la broche « Compass », en or blanc, sertie de 79 saphirs, 107 diamants et d’une tourmaline bleue centrale. Sa géométrie et ses références astrales lui donnent une présence particulière, entre instrument symbolique, bijou architectural et talisman contemporain.

Marine Billet exposait également à GemGenève pour la première fois avec sa maison Incarnem, un nom qui vient du latin et signifie « dans la chair ». Formée à l’architecture, elle a travaillé pour de grandes maisons parisiennes, notamment Schiaparelli, avant de développer son propre langage. Son approche repose sur la mémoire, les empreintes et la technique. Son procédé favori est le moulage et la fonte à la cire perdue. Le bijou devient alors une réplique du corps, une trace intime, presque une seconde peau.

GemGenève a accueilli pour la troisième fois l’Armenian Jewellers Association (AJA), qui a présenté les gagnants de son concours, notamment Sergey Khalapyan avec « Armenia & Italy Friendship Bridge », une bague en argent et lapis-lazuli, très architecturale, évoquant des lieux clés des deux pays. Thessa Bodikian a dévoilé « Orient & Occident », des boucles d’oreilles en or jaune pavées de diamants, conçues comme une rencontre entre deux horizons esthétiques.


Arthur Torosyan, fondateur de la marque Arthur Toros, a proposé « Angel Tears », un masque portable en laiton orné de cristaux Swarovski et fini en rhodium. Inspirée par des motifs angéliques et bibliques, la pièce se situe à la frontière du bijou, de l’objet rituel et de la performance.

Teni Yaghubian Moghadam, pianiste et créatrice de la maison Sevani, a présenté « Apricot Tree », une broche-pendentif en or sertie de sunstone, citrine et péridot. Grâce à un dispositif NFC intégré, la pièce permet d’écouter le chant « Tsirani Tsar » de Komitas, créant un lien rare entre joaillerie, musique et patrimoine.

Enfin, Evgenia Kasparova, fondatrice d’Eva Romani, a dévoilé « Ararat », une bague en argent plaqué or 14 carats ornée de cristaux taillés sur mesure, hommage au mont spirituel de l’Arménie et symbole de pureté, de résilience et d’appartenance.

Cette ouverture internationale s’exprimait aussi à travers la présence de la Jewellery and Gemstone Association of Africa (JGAA), revenue à GemGenève avec l’Africa Birdlife Collection. Inspiré des oiseaux d’Afrique, le projet explore les thèmes du mouvement, de la couleur, de l’envol et de la conservation. À travers la gouache joaillière, le dessin à la main et le design assisté par ordinateur, l’association met en lumière des talents africains et afro-descendants, tout en rappelant l’importance de la formation, de la transmission et de la narration dans l’avenir de la joaillerie.

Dans ce même esprit d’ouverture, GemGenève a également donné une visibilité à Strong & Precious, initiative fondée par Olga Oleksenko et consacrée à la joaillerie ukrainienne contemporaine. Sa présence rappelait que le bijou peut aussi porter une mémoire culturelle, une identité et un message de résilience.

Nadège Totah souligne : « Au sein de GemGenève, on découvre des pièces qui surprennent, qui racontent une histoire ou qui révèlent un savoir-faire inattendu. La préciosité ne se mesure plus uniquement à ce que l’on voit, mais aussi à ce que l’on ressent. Aujourd’hui, la valeur d’un bijou réside de plus en plus dans son caractère, son histoire et le dialogue qu’il crée avec la personne qui le porte, ce qui rend le bijou contemporain plus personnel et plus expressif. Et pour moi, un bijou qui provoque une émotion durable ou qui crée un souvenir précieux a une valeur immense. »
GemGenève 2026 s’est ainsi imposé comme un succès, confirmant la vitalité d’un salon où la joaillerie se découvre autant qu’elle se pense.
Rendez-vous est déjà donné pour la prochaine édition, qui se tiendra du 11 au 14 mai 2027 à Genève.
Laura Astrologo Porché / Editorialiste
HORA magazine / EVENT by HORA / Mai 2026

