HORA a le privilège d’être ici aujourd’hui afin d’interviewer
Une femme inspirante céramiste d’art, reconnue pour un univers profondément organique où la Mer et la terre devient langage et la main, mémoire vivante du geste.
Sophie Luline
Céramiste d’Art, Maitre Artisan d’Art

Bonjour
1.Mme Sophie Luline pouvez-vous nous parlez un peu sur votre personne ?
Je suis née et je vie en France. J’ai été élevée au sein d’une famille sensible à l’art et avec des valeurs humanistes.
Enfant, j’étais très contemplative et je dessinais beaucoup. Je souhaitais suivre des études dans les arts mais cela ne convenant pas à ma famille, j’ai suivi des études de droit à Lyon tout en suivant des cours du soir aux beaux-arts.
J’ai découvert la céramique vers 25 ans, aux beaux-arts de Tarbes, où je suivais des cours du soir parallèlement à ma vie de famille et à mon métier (j’étais alors collaboratrice d’architectes).
2.Votre travail est souvent décrit comme profondément organique et poétique.
Comment définiriez-vous votre relation intime à la mer, à la terre et à la matière, qui semblent au cœur de chacune de vos créations ?
Depuis l’enfance, je cultive un lien très fort avec la nature, les plantes, les animaux.
J’ai nagé avant de savoir marcher (rire). Je pratique la plongée qui me permets d’aller explorer un monde différent.
J’ai besoin de marcher pieds nus, de ressentir les éléments. Au risque de sembler bizarre, je communique avec les arbres, et les animaux ne semblent pas effrayés par ma présence.
Je pense que la technologie a coupé l’Homme moderne de ce lien avec la nature. En étant connecté sur les réseaux, l’Homme ne l’est plus avec la nature et même de moins en moins avec ses semblables.
La céramique qui fait appel aux éléments : terre, eau, air, feu, est pour moi le meilleur moyen d’expression de mes ressentis et le plus beau langage pour les transmettre.
3.Votre parcours mêle rigueur académique et expression artistique.
En quoi vos études de droit et votre expérience en architecture ont-elles façonné votre regard de céramiste et votre manière d’aborder l’espace et les volumes ?
Mes études de droit m’ont permis d’acquérir une certaine rigueur et un esprit critique.
J’ai aussi fait de la compétition d’aviron au niveau national, discipline qui développe l’endurance, la résilience.
Travailler la porcelaine demande toutes ces qualités, surtout quand vous êtes en grande partie autodidacte.
Mes céramiques peuvent être appréhendées de loin mais je cherche à attiser la curiosité du spectateur pour que son regard découvre des détails parfois humoristiques, voir philosophiques et qu’il s’interroge sur notre place dans le monde.

4.Vous avez choisi, en 2011, de vous consacrer pleinement à la céramique.
Quel a été le déclic qui vous a permis d’assumer pleinement cette vocation et d’en faire le fil conducteur de votre vie professionnelle
Durant presque 20 ans, je me suis entièrement consacrée à ma vie de famille, à élever nos deux enfants. J’étais comblée en tant que mère mais mon métier d’assistante d’architecte ne me convenait pas entièrement.
La céramique était alors un passe-temps indispensable à mon équilibre.
La céramique a peu à peu pris de plus en plus de place dans ma vie, les enfants grandissaient et devenaient autonomes et mon métier d’assistante ne correspondant plus du tout à mes attentes j’ai décidé de m’installer en tant que céramiste.
Je n’avais pas appris à travailler la porcelaine et c’est donc seul que je découvrais cette matière et que développais mes techniques de modelage et mes émaux.
5.La mémoire du geste et l’imprévu occupent une place essentielle dans votre travail.
Comment conciliez-vous tradition artisanale et expérimentation contemporaine dans votre processus de création ?
La mémoire du geste et l’imprévu ne sont possibles qu’à force d’apprentissages, de longues répétitions des gestes, de longues heures de travail.
Pour apprendre n’importe qu’elle discipline ou métier manuel il faut compter 10 ans, en travaillant tous les jours. Le corps, les mains et le cerveau travaillent alors en synchronicité. Les gestes semblent « couler de source » comme innés, naturels.
En travaillant l’argile, j’entre dans un flux, qui pourrait être comparé à une transe et cette gestuelle inscrite en moi me permet de transcrire cet état dans mes créations.
Le feu (la cuisson) est l’acteur final qui vient donner vie à la pièce.
6.Votre reconnaissance institutionnelle et internationale ne cesse de grandir.
Que représente pour vous le titre de Maître Artisan d’Art et votre présence sur des scènes comme Maison & Objet ou auprès de collectionneurs internationaux ?
Une certaine fierté, même si au début, j’ai eu beaucoup de mal à me reconnaître au travers de cette reconnaissance institutionnelle.
Pour moi, la plus belle reconnaissance c’est de voir la joie, les émotions que peuvent ressentir les personnes sensibles à mon univers.
Les personnes qui achètent mes pièces, acquièrent du beau mais aussi des pièces sensibles qui ont du sens.



7.À travers vos collections, vous proposez une autre manière d’habiter les espaces.
Quelle émotion ou quelle expérience souhaitez-vous transmettre à ceux qui vivent au quotidien avec vos œuvres ?
Je propose des œuvres inspirées de la nature. Elles sont foisonnantes et peuvent aussi bien figurer dans des lieux modernes ou plus classiques.
Je souhaite faire rentrer un peu de nature pour créer une émotion esthétique et recréer du lien entre les Hommes.
Je souhaite que mes œuvres éveillent ou réveillent notre lien avec la nature tel que peuvent encore le vivre certains peuples.
Si nous écoutons notre corps, nos sens, nous sommes tous connectés et en lien les uns avec les autres et avec l’environnement naturel. A l’inverse des outils modernes qui nous éloignent de notre nature profonde, qui nous éloignent les uns des autres et de la Nature.
8.Autant que Femme artiste céramiste
Quel message aimeriez-vous transmettre aux femmes créatives qui vous lisent, à propos du courage d’oser et de suivre leur propre voie ?
Nous pouvons être créatives dans de nombreux domaines. Les femmes ont souvent de multiples facettes car nous souhaitons mener de front vie de famille, vie professionnelle.
Le plus difficile c’est d’être soi-même et de pouvoir réfléchir, prendre du recul pour savoir vers quoi tendre pour être en adéquation avec nos valeurs et nos attentes les plus profondes.
C’est le travail d’une vie.
Il faut pour cela oser prendre des risques et concrétiser ses idées.
J’encourage chacune d’entre nous d’oser se réaliser. Pour ne pas avoir de regrets, il faut entrer en action et cela demande parfois beaucoup de courage.
9.Mme Sophie Luline pour clore cette interview
Quel message adressez-vous à HORA magazine autant que média à l’international ?
Je souhaite remercier Hora magazine qui sait mettre en lumière des parcours et des femmes, tellement inspirantes pour nous toutes à travers le monde.


Merci de nous avoir invités à réaliser cette belle interview
HORA magazine / FEMME DU MOIS / Janvier 2026

